● Le pourquoi des angles arrondis


Cette question n’a pas pour l’instant de réponse formelle. Il faut constater qu’à ma connaissance, le Rouergue occidental réunit apparemment tous les premiers édifices présentant cette particularité architecturale. Bien des hypothèses ont été soulevées :

La facilité puisque la taille de la pierre est très réduite (donc facteur d’économie), loin de la stéréotomie d’un chainage droit : mais alors pourquoi ce procédé n’est-il pas employé ailleurs ?

Le fonctionnel : l’angle rond facilitait le passage et la circulation des charrettes. Cette hypothèse, si elle est valable pour le centre d’une agglomération, ne peut être retenue pour des bâtiments isolés en pleine campagne.

L’aspect défensif : certainement à prendre en considération, car un angle rond est moins vulnérable qu’un angle droit. L’élévation et la réduction des ouvertures tant en nombre qu’en surface contribuent à donner un aspect fortifié.

L’aspect esthétique : un angle rond caresse le regard, cette  notion ancienne a été reprise au XXème siècle par les grands architectes, Le Corbusier et Rudolph Steiner qui ont fait de ce vocabulaire architectural une base de leurs œuvres.

La survivance de traditions anciennes : J’ai tendance à privilégier cet aspect-là. Nos ancêtres avaient une science de l’arrondi pour preuve les nombreuses caselles qu’ils ont construites et qui parsèment les Causses du Rouergue, certaines remontant au début de notre ère.

Caselle

Plus démonstratif, dans une époque bien antérieure, les dolmens de la région sont dissimulés dans des tumulus appareillés dont les angles des parements sont arrondis (15).

Cette tradition n’est pas sans rapport avec la période d’occupation wisigothique de notre région. Si cette occupation, qui a généré les manses, a été courte (si on ne considère strictement que les dates), l’influence de cette présence a été semble-t-il beaucoup plus étendue d’autant qu’au 6ème siècle le Roi Ricarède II a imposé la religion Romaine. En Rouergue occidental la toponymie des lieux abonde de racines germaniques. Les églises wisigothiques d’Espagne, dont bien des détails d’architecture se retrouvent dans notre groupe, sont nombreuses et l’une d’entre elles, la première, montre des angles arrondis : celle de Melque.

Santa María de Melque

Certes, cette technique a pu être empruntée aux Romains. Rome ayant été l’étape précédente de l’invasion wisigothique avant nos régions : l’Occitanie actuelle, l’Espagne. D’autres comme les ouvertures en façade, l’arc en gouttière comme la porte sud de Toulongergues, et d’autres sont très évocatrices.